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Carla del Ponte à Bordeaux: « Il n’y a plus que moi qui cherche Karadzic »

En visite en octobre à l’Ecole nationale de la magistrature à Bordeaux, la bouillonnante procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) Carla del Ponte a répondu en publique aux questions des étudiants de l’Institut d’études politiques. L’occasion pour elle de tirer un bilan critique de l’action de la justice internationale dans les Balkans.

Carla del Ponte ne manque pas d’humour et quand elle évoque l’action de la justice internationale dans l’ex-Yougoslavie, elle manie volontiers l’ironie. Aux étudiants de Sciences Po qui l’interrogent sur ses mises en cause de la Mission des Nations-unies au Kosovo (Minuk), la procureure répond par la boutade, pour mieux érafler une communauté internationale qui ne l’a pas toujours soutenue dans son action. «  Il parait qu’au Kosovo, la sécurité et la paix dépendent de Ramush Haradinaj (ancien premier ministre kosovar mis en attente de son jugement par le TPIY mais toujours en liberté, NDLR). Alors si la sécurité et la paix dépendent d’un criminel de guerre, allons-y ! ». Avant de redevenir soudainement sérieuse, pour annoncer sa satisfaction d’apprendre la nouvelle du jour. À sa demande, les juges du tribunal viennent en effet d’interdire à Haradinaj une interview à la télévision du Kosovo, tout d’abord autorisée par la Minuk. « Comment inciter mes témoins à témoigner contre lui dans un procès, alors qu’il continue de circuler librement et d’avoir une activité politique ? », s’insurge t-elle.

Frustrations

C’est le genre de bras de fer qui plaisent à cette Helvétique, laquelle évoque avec passion la traque de « ses » accusés. « Karadzic, il n’y a plus que moi qui le cherche ! », plaisante t-elle, en évoquant les protections dont jouissent en Serbie les deux principaux prévenus du TPIY, Ratko Mladic et Radovan Karadzic. Et de rappeler son attachement à «  un gel prolongé des pourparlers d'entrée de la Serbie dans l'Union européenne » tant qu’ils seront en liberté. Un message qu’elle a encore fait entendre ce mois-ci auprès des représentants de la diplomatie européenne, pour qu’ils maintiennent la pression sur Belgrade.

Revenant sur le procès de Slobodan Milosevic, Carla del Ponte a fait part à l’assistance de sa frustration. «On avançait lentement, mais on se disait : l’important c’est qu’on arrive à la fin. Puis il est mort de mort naturelle. Il s’est endormi un soir, il ne s’est pas réveillé le matin. Je dois vous dire que j’ai quelques problèmes à l’accepter comme ça. Parce que moi, je suis en contact avec les victimes, je sais quelle est la souffrance de ces gens », lâche telle, tout en lui reconnaissant dans le même temps « une habilité particulière ».

Malgré la fin prochaine de son mandat, la procureure dit sa confiance en la réussite de la justice internationale dans les Balkans et assure des progrès des juridictions nationales pour juger les criminels de guerre. « Peu à peu, on arrive à obtenir dans ces pays une justice équitable qui assume ces procès. Parce que c’est seulement comme cela que l’on obtiendra une vraie réconciliation. Il faut d’abord que justice soit faite ; ensuite il y aura des commissions réconciliation et vérité ».

Matthieu Fauroux

Reportage réalisé en octobre 2006 pour le Courrier des Balkans.

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