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#########Reportage

Élections en Bosnie : tous les moyens sont bons pour mobiliser les jeunes

En Bosnie, jamais les élections d'octobre n’auront été marquées par une telle mobilisation de la jeunesse. Contestataires, civiques, partisans ou le plus souvent apolitiques, de nombreux mouvements tentent d’impliquer les jeunes dans la campagne.

Avec ses slogans chocs et des confrontations televisees de candidats, l’ONG bosnienne OIA tente de donner un tour ludique à la campagne pour inciter les jeunes à voter. « Mieux vaut voter une fois en quatre ans que de pointer tous les deux mois à l’ANPE ». C’est le genre de slogan-choc qui a établi la notoriété de l’OIA BIH, une organisation non gouvernementale basée à Sarajevo qui milite pour la participation électorale des jeunes. Sur sa brochure verte, distribuée à plusieurs milliers d’exemplaires dans tout le pays, on y voit ainsi un couple en train de faire l’amour dans une urne. Le commentaire qui l’accompagne précise « ça secoue l’État quand les jeunes vont voter ! ». Mobiliser et faire réfléchir : pour cette élection, les volontaires de l’OIA n’ont pas lésiné sur les moyens pour faire passer leur message.

« La participation électorale des 18-30 ans a été insignifiante lors des derniers scrutins », explique Ermin Numic, responsable de la campagne de l’OIA. « Pour inciter les jeunes à voter, nous avons cherché à atteindre les jeunes de manière ludique ». Un jeu de plateau humoristique, type Monopoly, propose ainsi aux jeunes électeurs d’élire parmi les autres joueurs le candidat le plus alcoolique ou le plus corrompu. « Une manière de les inciter à réfléchir aux conséquences de leur vote », souligne Ermin.

Elections-loterie ou after-party ?

Pour inciter les jeunes à voter, les responsables de l’OIA sont allé encore plus loin : ils ont imaginé d’organiser des fêtes la veille du scrutin dans les bars et les discothèques de tout le pays. Lesquelles seraient ensuite annoncées par des radios locales incitant à participer à « l’after-party » : l’élection elle-même. Soit l’exacte antithèse de la « ley seca » qui, dans beaucoup de pays d’Amérique du sud, interdit la vente d’alcool pendant les opérations électorales ! La participation au scrutin pourra rapporter gros aux jeunes électeurs. Ceux-ci auront la possibilité de participer par sms à un tirage au sort national, avec une visite des institutions européennes de Bruxelles et Strasbourg pour premier prix.

Désillusions

Les moyens déployés sont à la hauteur de la difficulté de la mission que s’est donnée l’OIA. Touchés par un chômage de masse et confrontés à enseignement supérieur défaillant, les jeunes de Bosnie n’ont souvent d’autre perspective que l’exil à l’étranger. Depuis la fin de la guerre, ils seraient ainsi 100 000 à avoir quitté le pays pour tenter leur chance en Europe de l’Ouest, en Australie ou aux États-Unis. Déçus par une classe politique éloignée de leurs préoccupations, nombre d’entre eux se désintéressent de l’enjeu de l’élection.

« Chaque pays a ses problèmes », relativise Ermin. « Nous, on a choisi de rester pour changer les choses en Bosnie. Depuis la guerre, les partis nationalistes au pouvoir n’ont cessé de jouer sur la peur pour se faire réélire. Aujourd’hui, leur bilan est lamentable pour les jeunes : ils n’ont pas mis l’université en conformité avec les processus de Bologne (à l’origine de la réforme LMD en France, NDR) afin qu’on puisse étudier à l’étranger. Ils n’ont pas grand-chose à proposer pour nous offrir des opportunités d’emploi. Ils méritent vraiment d’êtres sanctionné par une mobilisation de la jeunesse ».

La semaine précédente le scrutin, l’ONG va organiser dans des dizaines de villes des forums où les candidats aux élections politiques pourront se confronter aux jeunes bosniens, en leur présentant leurs propositions pour la jeunesse. Des emissions televisees de debats organises par l’organisation vont etre diffusees sur une chaine publique. Plusieurs partis politiques ont déjà répondu présent à cette initiative. Comme d’autres mouvements très mobilisés, l’OIA espère ainsi mettre la classe politique face à ses responsabilités. Mais ces initiatives, nouvelles dans la jeune démocratie bosnienne, ont encore un impact limité. « La plupart des jeunes bosniens n’ont pas une conscience politique très élevée : ils passent leur temps à se plaindre en buvant des cafés, tout en restant passifs. Il nous reste encore un long chemin à parcourir avant d’attendre la masse critique qui pourrait faire entendre la voix des jeunes dans le débat politique », regrette Ermin.

Matthieu Fauroux

Reportage réalisé en septembre 2006 pour le Courrier des Balkans.

 

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